Liberté

Philippe Milcent (rédacteur en chef du JSOP)

Publié le mercredi 01 septembre 2021

« En cette période, nous ne nous appartenons plus tout à fait »
Philippe Milcent


LORSQUE L’ON CHERCHE des définitions au mot liberté, les réponses sont nombreuses, diverses, parfois contradictoires :
absence de contrainte ; état d’une personne libre, non contrainte ; état d’un individu qui n’est pas soumis à la servitude ; possibilité de penser, d’agir, de s’exprimer selon ses propres choix ; mais surtout « possibilité assurée par les lois et le système politique et social, d’agir comme on l’entend, sous réserve de ne pas porter atteinte aux droits d’autrui ».

« Au nom de ma sacro-sainte liberté, j’ai décidé que l’État n’avait pas à m’imposer de rouler à droite, car c’est une contrainte intolérable. J’ai donc décidé de rouler à gauche… »

Chacun perçoit bien l’absurdité d’une telle phrase.

Afin d’organiser harmonieusement la vie en société, on a « inventé » des codes. Nous sommes, nous chirurgiens-dentistes, soumis aux Codes de la santé publique, de déontologie, de la sécurité sociale, du travail (pour ceux qui ont au moins une assistante) et à quelques autres. Rien d’attentatoire à notre liberté, mais seulement des règles de « vivre ensemble » permettant de définir cette fameuse frontière entre notre liberté et celles des autres.

On peut comprendre l’inquiétude de certains face au vaccin, mais quel traitement préventif ou curatif n’a pas d’effets secondaires délétères ? Toutes les thérapies (sérieuses et confirmées par la science) présentent des effets secondaires.

On peut comprendre la contrainte que représente le « pass » sanitaire (1) (étant posé ici que les cabinets de ville n’ont pas à l’exiger de leurs patients) et accepter toutes les remarques sur les errances et contradictions dans sa mise en place. Mais quelle autre solution pragmatique peut-on envisager ?

 

NOTRE LIBERTÉ S’ARRÊTE donc là où commence celle des autres, mais elle s’arrête aussi là où s’établit notre responsabilité. Sans remettre en cause le principe de solidarité telle qu’on l’applique en France et dans quelques autres pays, on peut s’interroger sur le coût imposé à la collectivité, c’est-à-dire à chacun d’entre nous, d’un séjour en réanimation d’un patient atteint de la Covid 19 et qui aurait refusé de se vacciner.

Chacun paye au prorata de ses moyens et dépense au prorata de ses besoins, et c’est très bien, mais le risque sera peut-être que ceux qui ont un comportement vertueux cessent de vouloir payer pour les irresponsables.

En cette période incertaine de pandémie, nous ne nous appartenons plus tout à fait.

La situation sanitaire est exceptionnelle (et espérons-le, transitoire) et il nous faut savoir renoncer à une partie de notre liberté pour la retrouver plus tard, entière, et dans un monde sans Covid.

Il faut donc accepter ce principe, tout en restant très vigilants sur l’avenir de ces mesures et prendre garde qu’elles n’entrent pas de façon durable dans nos vies.

 

Philippe Milcent,
rédacteur en chef du JSOP

 

(1) La Maison de la Chimie, pour nos Journées, ainsi que les structures d’hébergement de nos cycles (hôtels, salles de séminaires) nous imposent désormais le pass.

Source : Journal de la SOP n°6 septembre 2021  
 

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