Urgences relatives

Marc Roché (président de la SOP)

Publié le lundi 01 juillet 2019

On ne soigne pas seul. La structure doit placer le soignant dans de bonnes conditions.
Marc Roché

POUR LE PR YONATHAN FREUND, URGENTISTE, la grève des Urgences n’est que le « symptôme d’un hôpital public qui va très mal ». Dans un système de soins qui ne va pas mieux.

Si le diagnostic est fait, nous en connaissons aussi les causes, qui sont schématiquement au nombre de trois.

Tout d’abord, l’instauration de la tarification à l’acte, qui a perverti la vocation du système, provoqué une concurrence sauvage au sein des services et entre les services, prescrit la taylorisation des protocoles et privilégié l’acte technique.

Ensuite la mesure de la loi HPST de 2009 qui, tout en reléguant les commissions médicales d’établissement (CME) à un simple rôle consultatif, donne les pleins pouvoirs aux directeurs des hôpitaux et à leurs gestionnaires.

Enfin, la loi dite de « modernisation du système de santé » de 2015, qui ouvre le domaine de la santé aux intérêts privés. Le nombre d’administratifs augmente tandis que celui des soignants diminue et le burn-out sévit chez les plus consciencieux.

CAR UN RÉEL CHOC DE CULTURES s’établit entre deux logiques : celle du soin et celle du commerce et, du fait d’injonctions contradictoires, apparaît donc cette nouvelle maladie, la maladie nosocomiale « psychique », selon le mot de Cynthia Fleury. Pour la philosophe, titulaire de la chaire Santé et humanisme au CNAM, « le soin est un humanisme » (1). Sans minimiser l’importance des progrès techniques – puisqu’elle professe au CNAM –, dans son délicieux petit opuscule d’une quarantaine de pages, elle dit en substance leur nécessité mais aussi leur insuffisance à répondre aux problèmes de santé publique.

Il s’avère que l’on ne soigne pas tout seul. En amont du soin, la structure doit placer le soignant dans de bonnes conditions de travail, le soutenir et, en aval, le patient doit à présent être impliqué dans son soin. C’est là que l’auteure souligne « l’émergence encore timide de l’éducation thérapeutique », qui va permettre au patient de prendre en charge sa maladie, d’être sujet et non objet de soins.

CETTE DIMENSION HUMANISTE à la fois soucieuse de la santé du soignant et de celle du soigné est au cœur des préoccupations de la SOP qui, bien sûr, n’oublie en rien l’aspect technique du soin. Ainsi nos adhérents trouveront dans le programme des cycles 2019-2020, s’ajoutant à tous les autres créés depuis dix ans, un cycle d’éducation thérapeutique ouvert aux praticiens et à leurs assistantes qui ira dans ce sens.

Oui, l’éducation thérapeutique ! Parce que le patient ne peut plus être encouragé à se décharger de sa responsabilité personnelle pour ce qui est le plus important pour lui – sa santé –, ni sur un système – la sécu ! Quant au praticien, il pourra établir un contrat de soin à responsabilité partagée, dans lequel deviendront relatives les urgences.

Marc Roché,
président de la SOP

(1) Cynthia Fleury, Le soin est un humanisme, éd. Gallimard 2019, coll. Tracts.