Je vous ai compris

Marc Roché (président de la SOP)

Publié le mardi 03 juillet 2018

Je vous ai compris Le RAC 0, un cheval de Troie du tiers payant intégral ?
Marc Roché

NOUS AVONS TOUS SUIVI DE PRÈS OU DE LOIN – plus souvent de loin que de près, d’ailleurs – le feuilleton des négociations conventionnelles. Son dénouement aura de lourdes conséquences sur le soin dentaire en France, bien au-delà de notre exercice.

Des conséquences d’autant plus graves qu’à l’heure où nous mettons sous presse, des bruits – certes non vérifiés, mais tellement crédibles – ne laissent pas de nous alarmer. Ils se résument à la question que pose Le Quotidien du médecin dans son édition du 15 juin dernier : « La réforme du reste à charge zéro peut-elle être un cheval de Troie du tiers payant intégral ? ».

Question à laquelle, déjà, dans un éditorial en date de 2015, nous avions sans hésitation répondu par l’affirmative (1).

Mais revenons-en aux faits présents. C’est en marge du discours d’Emmanuel Macron prononcé en compagnie d’Agnès Buzyn le 13 juin dernier au 42e congrès de la Mutualité française, que des bruits de couloir sont parvenus aux oreilles des journalistes selon lesquels les « patients n’auraient pas à faire d’avance de frais ». Et, plus tard, la ministre de dire : « Les deux réformes sont concomitantes et parallèles, nous y arriverons ! »

À l’évidence, ce n’est pourtant pas ce que l’on pouvait tirer du discours du Président lorsque, aux mutualistes, il indiquait la voie : « Elle nous invite collectivement à ne céder ni au cynisme, ni à l’hypocrisie. La part la plus précieuse de notre système social, c’est l’esprit qui l’a fait naître.

C’est cette solidarité visionnaire des membres du Conseil national de la Résistance, bla-bla-bla… »
 

JE VOUS AI COMPRIS.  Car une fois encore, le leurre d’un discours et d’une disposition de gauche – « le zéro reste à charge sur la prothèse » – cache une mesure non pas tant destinée à soulager la trésorerie des patients qu’à accélérer les flux financiers avec ses conséquences délétères. « Le capitalisme actuel […] impose une circulation du capital telle que tous les sujets sont assujettis à ses exigences et deviennent des êtres postulés comme transparents, dont il faut capter les énergies pour pouvoir les réinscrire comme autant d’éléments facilitant l’affirmation des flux. » (2)

Ici, nous ne pouvons que reprendre l’édito de 2015 évoqué plus haut : « Le tiers payant généralisé donne […] la primeur à la finance en instaurant la subordination du médecin au financeur […].

Partout est évoquée l’exigence de transparence mais, lorsque le symbole que représente le paiement direct du praticien par le patient est gommé, c’est le médecin et sa médecine qui deviennent transparents ».

Les commentateurs de la vie publique sont aujourd’hui fixés qui attendaient – après que la République en Marche a très « longuement travaillé sa jambe droite » – le premier mouvement de la jambe gauche qui confirmerait les promesses du « en même temps ». À marche forcée, patients comme praticiens, nous sommes pris dans le flux pour ne plus exister.

Alors ? viendra-t-il le jour où nous refuserons de signer pour garder quelque peu de cette dignité tant souhaitée par Emmanuel Macron pour les autres tout au long de leur vie ? 
 

Marc Roché,
président de la SOP

(1) « La loi du marché » JSOP n° 4, avril 2015.
(2) Guillaume Le Blanc, Courir : Méditations physiques, p. 260-261, éd. Flammarion, coll. Champs essai.