Le sens de l’Histoire

Marc Roché (président de la SOP)

Publié le mercredi 01 janvier 2020

« Toute innovation n’a de valeur que dans le respect d’une éthique »
Marc Roché

À L’AUBE DE CETTE ANNÉE 2020, s’annonce la mise en œuvre du second train des dispositions de la nouvelle convention. Elles nécessiteront de chaque praticien un effort d'adaptation à un environnement professionnel modifié en profondeur.
En tant que société scientifique, la SOP formule le vœu que cet effort se fasse au travers d’indications thérapeutiques bien posées.
Et cela passe par la formation continue, dont – il n’est pas vain de le rappeler – l’objectif est non seulement de diffuser des savoirs adossés aux données acquises de la science, mais aussi d’enseigner des savoir-faire résultant d’indispensables retours d’expérience.

Des savoirs suffisamment étayés, et des savoir-faire assez éprouvés pour être largement transmis et, dès lors, plus spontanément appliqués.
Outre l’effort d’intégrer les nouveaux paradigmes et les techniques nouvelles, il conviendra aussi de sortir du confort de schémas habituels bien huilés pour aller vers une dentisterie du long terme, plus actuelle – plus écologique – mais plus exigeante.
Ce qui suppose un « savoir-être » où toute formation, toute innovation n’a de valeur que dans le respect d’une éthique qui va au-delà du simple respect du Code de déontologie.
Car face aux effets d’aubaine inscrits entre les lignes de toute nouvelle convention, s’exerce une tension économique forte sur le praticien, qui est tout à la fois prescripteur et effecteur des solutions thérapeutiques proposées au patient.

SOUVENONS-NOUS DE LA CONVENTION SIGNÉE LE 19 JANVIER 2001. Elle avait dopé « l’indication » des reconstitutions corono-radiculaires coulées (RCRC) mais ensuite, les organismes payeurs n’avaient pas manqué d’observer « une augmentation de la quantité de RCRC effectuées, mais pas une augmentation de la qualité de leur réalisation » (1) !
Avec le recul, l’Histoire a donc montré l’effet négatif d’une telle mesure puisque les RCRC ne sont plus réservées aujourd’hui qu’aux traitements de la dernière chance !
Aujourd’hui encore, le risque est fort de voir se généraliser des modifications de comportement inappropriées que tenteront de justifier toujours les mêmes rhétoriques sophistes.
Depuis la redéfinition des droits du patient que nous devons à la loi Kouchner (2002) ; avec la volonté politique actuelle d’impliquer le patient dans son traitement par la promotion de l’éducation thérapeutique (ETP), plus que jamais, la demande du patient devra être au centre de nos pratiques.
C’est dans ce sens qu’a été mené le grand entretien dont Cynthia Fleury nous a gratifiés et que vous trouverez dans les pages qui suivent.
Notre vœu le plus cher pour 2020 ?
Qu’avec la SOP, le plus grand nombre, à l’ère de lanthropocène*, se remette dans le sens de l’Histoire !

 

Marc Roché,
président de la SOP

(1) « Opportunité et qualité de réalisation des RCRC par les chirurgiens-dentistes dans le Nord-Pas-de-Calais ». Urcam, février 2004.

* Période actuelle des temps géologiques où les activités humaines ont de fortes répercussions sur les écosystèmes de la planète (biosphère) et les transforment à tous les niveaux. (On fait coïncider le début de l’anthropocène avec celui de la révolution industrielle, au XVIIIe siècle).