Piège abscons

Marc Roché (président de la SOP)

Publié le mardi 15 mai 2018

Le constat de la mort clinique de l’algorithme conventionnel
Marc Roché

LA NÉGOCIATION CONVENTIONNELLE SOUS CONTRAINTE aura déclenché une large réprobation, parfois de la colère, et en tout cas beaucoup de polémiques. Face aux utopies, un argument syndical a consisté à prôner le réalisme au motif qu’il existe des contraintes budgétaires. Bien sûr. 

Mais la réalité ne peut pas être autre chose que le monde tel qu’il est aujourd’hui. Et à la vitesse où va le numérique, aujourd’hui est déjà demain pour notre obsolète algorithme conventionnel, dont il devient urgent de dresser le constat de la mort clinique. Les nouvelles mises à jour de cet algorithme – rapiécé de boots, constamment piraté, objet de bugs – n’échapperont pas, elles non plus, au fatum inscrit dans son ADN car il n’y a là rien à attendre de l’épigénétique.

Il est donc grand temps de sortir du piège abscons de cet algorithme, et de mettre un terme à l’escalade d’engagements qu’il signifie, qui se traduit par une taylorisation du métier et des burn-out à la chaîne… (1-2) 

En démocrates conscients de leur responsabilité, nos représentants légaux auront consulté leur base avant de signer la nouvelle convention. On leur en sait gré. Mais ne serait-il pas tout aussi urgent d’élargir cette consultation à tous les intéressés, les associations d’étudiants et de consommateurs notamment, afin de trouver une troisième voie ? Non pas une voie médiane, mais la voie de la transparence qui sauvegarderait l’intérêt commun (3)

 Pour cela chacun, de l’universitaire au patient, doit travailler à modifier les comportements, puisque, comme cela a déjà été dit ailleurs, tous ont contribué à scier allégrement la branche maladie d’un des plus « fantastiques progrès sociaux de toute l’histoire de l’humanité » (4) – une branche, au passage, sur laquelle nous étions assis !

CERTES IL EST DIFFICILE DE COMPRENDRE LE PRÉSENT, mais plus encore d’imaginer l’avenir au seuil de la véritable rupture que nous vivons. A fortiori si l’on reste enfermé dans les schémas hérités du passé, ou, pire encore, si l’on reste dans le déni. Luc Ferry, lors du séminaire de l’ADF du 23 septembre 2016, avant l’ère Macron donc, dans une conférence traitant du transhumanisme, n’avait pas manqué de stigmatiser l’ignorance dans laquelle sont les politiques du choc que constitue la troisième révolution, celle dite du numérique. Il ajoutait, pour les avoir côtoyés, que cette ignorance venait de ce que les politiques ne lisent pas ! 

Or avec la présidence actuelle, est apparue une nouvelle sémantique (5) qui parle, entre autres, de « bottom up » et de « disruption » (6). Dans ce nouveau contexte, il revient à la profession de prendre aux mots cette vision présidentielle et de se mettre en marche pour une disruption qui viendrait vraiment d’en bas. Justement, avec les grands entretiens du JSOP, nous avons essayé d’élargir notre vision si souvent confinée au domaine restreint qui est le nôtre. Il s’agissait, à travers la pensée d’auteurs qui font autorité dans leur domaine, d’entrevoir ce que pourrait être l’avenir de notre métier. 

S’armer de lecture, se nourrir d’échanges dans la transversalité et impliquer chacun pour une médecine dentaire de qualité. C’est une utopie mais réaliste, car l’éthique est au cœur des enjeux. 

 Marc Roché, président de la SOP