« Casser la dynamique de burn-out qui consume nos professions » Serge Deschaux

« Casser la dynamique de burn-out qui consume nos professions » Serge Deschaux

Publié le mercredi 04 septembre 2019

Serge Deschaux


Entretien avec Serge Deschaux, chirurgien-dentiste, membre de l’association SPS* et expert auprès de la HAS.
 

Vous avez acquis une expertise sur le burn-out dans notre profession, d’abord à la CNSD, où vous avez conduit la première enquête sur la question en 2011, puis au sein de l’association SPS dont vous faites partie du conseil d’administration.
Quel est votre regard sur la situation ?

Cela va à la fois mieux et moins bien. Mieux parce que nous ne sommes plus dans le déni collectif, comme en témoigne l’enquête de l’Ordre parue en 2018. Mais hélas, cela va moins bien, d’abord parce que les chiffres de l’Ordre donnaient 58 % de praticiens touchés, à des degrés divers, par le burn-out en 2018. Lorsque j’avais moi-même conduit une enquête en 2011 avec la même méthodologie (le test de Maslach), nous obtenions 48 % de praticiens touchés.
Cette augmentation de 10 % est considérable. Et cela va moins bien parce que, si la profession a brisé le déni collectif, le déni individuel lui, est toujours là. Le chirurgien-dentiste en situation de burn-out est souvent la dernière personne à être au courant de son état. Il est en hyperactivité, dans une situation de « présentéïsme aigu » au cabinet dentaire, incapable de prendre du recul, prisonnier du stéréotype du professionnel de santé qui ne doit montrer aucune faiblesse. Il y a en effet un stress spécialisé du chirurgien-dentiste libéral.

C’est-à-dire ?

Il existe cinq composantes à ce stress spécifique, et d’abord le surmenage. Les horaires du praticien sont extensibles. Il ne sait pas dire non, poser des limites. Ensuite, il subit la pression des patients en termes de disponibilité et de prise en charge, chaque patient ayant tendance à penser que son cas prime sur celui des autres. Et puis, il y a le conflit de valeurs entre ce que le praticien a appris à l’université et la réalité de la prise en charge médico-économique sur le terrain. 
Ajoutons à cela une dépendance étroite à un plateau technique de plus en plus sophistiqué. Enfin, il y a le rapport à l’argent. Parler d’argent n’est jamais simple, et c’est, de surcroît, de plus en plus difficile dans le contexte actuel.

Les hot-lines sont-elles la solution ?

Oui et non. La ligne d’écoute – lorsque ce sont des professionnels formés qui traitent les appels ! – est une réponse d’urgence. Face à des praticiens désespérés, il faut écouter, désamorcer la bombe, accompagner la personne dans une prise en charge. Hélas, les lignes d’écoute ont leur limite, et elles sont, de plus, souvent la bonne conscience des institutions… Je le dis d’autant plus aisément que SPS, outre l’accompagnement des personnes, s’est donné comme mission de casser la dynamique de burn-out qui consume nos professions.
Il est impératif de faire de la prévention, entre autres via la formation des praticiens. Il s’agit de donner des outils permettant de maintenir et améliorer une qualité de vie au travail. Cela est d’autant plus important que les deux leviers d’action contre le burnout, l’individu lui-même et son management, sont, dans le cas des libéraux, exactement la même personne, ce qui rend les choses plus compliquées. /

* association Soins aux professionnels de santé.


Le soutien de la SOP à l’association SPS 

La SOP apporte son soutien à l’association SPS, qui met en place une plateforme téléphonique d’écoute des chirurgiens-dentistes via son n° vert, 0 805 23 23 36, appel gratuit 24h/24 et 7j/7.
L’association propose un accompagnement des praticiens via un maillage territorial pour des consultations « physiques » (psy, généralistes, spécialistes). Elle gère et pilote un ensemble d’outils de prévention via différentes formations, dont des modules dédiés aux chirurgiens-dentistes en exercice destinés à transmettre les critères d’une bonne qualité de vie au cabinet dentaire.