« Les dents de l’amer » par Marc Roché

« Les dents de l’amer » par Marc Roché

Publié le mercredi 28 avril 2021

LES DENTS DE L'AMER
 

« Sur les dents »*, d’Olivier Cyran, est un ouvrage partial sur notre profession, mais bien informé. Au-delà de ses poncifs, l’ouvrage propose une approche historique intéressante et déconstruit le modèle low cost. 
Il est aussi un reflet de ce que renvoie notre profession.
 

Voilà un livre critique à l’égard du dentiste dont, pour cette raison, nous recommandons la lecture, même si on peut trouver des limites à sa thèse centrale : la santé dentaire vue à travers le prisme de la lutte des classes. Il ne faudra pas non plus s’arrêter à l’obstacle des premiers chapitres.

Car l’auteur commence son livre comme ces patients qui entrent dans notre cabinet et nous disent d’emblée « Je ne vous aime pas ! ».

C’est un journaliste autoproclamé « stomatophobe », « non dénué de parti pris » et militant de gauche qui délivre ici ses coups de griffes vengeurs et cultive le poncif. On comprendra donc que, à part son « informateur de gauche » qui « déteste ses confrères », peu de praticiens trouvent grâce à ses yeux. Pas même cette dentiste retraitée bénévole du Bus dentaire, en banlieue parisienne, dont il disqualifie le propos tiré pourtant de l’expérience de toute une carrière.

Il faudra donc passer outre cela comme nous passons outre – en thérapeute – les propos de ces patients qui ne nous aiment pas. L’essentiel étant ici le reflet que renvoie notre profession.

On passera d’ailleurs aussi sur quelques approximations car l’auteur est, somme toute, bien renseigné et propose un intéressant travail historique. On passe ainsi de l’étiquette de la cour du Roi-Soleil, où les sourires, parce qu’ils étaient édentés à cause du sucre, étaient inconvenants – et, du coup, réservés aux seuls gueux – à notre époque contemporaine où « exhiber des dents qui flashent constitue un signe de réussite sociale ».

L’auteur brosse, au travers de témoignages parfois touchants, les causes structurelles qui aboutissent au recul des soins conservateurs, à la prolifération des restaurations prothétiques, à l’oubli de la prise en charge de la maladie parodontale, à la perte des dents… chez les plus pauvres. Il fait preuve d’une grande force évocatrice quant aux difficultés que les plus défavorisés rencontrent pour se faire soigner, et qui mènent à des souffrances d’un autre temps.

Et notamment celles vécues à la sortie de certains centres low cost.

La parole est donnée aux victimes de Dentexia. Leurs propos y sont dignes mais résolus, et on ne peut qu’éprouver de l’empathie. Nous touchons au plus près ce qu’ils vivent du fait d'incitations au dévoiement de la vocation de notre profession.

Un document intéressant donc, même s’il est imparfait et orienté, mais qui, justement, ouvre à débat, à la disputatio au sein de la profession comme chez les décideurs.

À mettre dans toutes les mains, et même au programme de l’Université. Pour débattre avec nos futurs confrères du cœur du problème que l’éthique constitue dans les métiers du soin./

 

par Marc-François Roché,
Président de la SOP.

[ article extrait du prochain Journal de la SOP n°4 mai 2021 ]

 

* « Sur les dents - Ce qu’elles disent de nous et de la guerre sociale ».
Olivier Cyran, La Découverte éd., Cahiers libres, 292 pages, 20 euros €.

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