Jeudi 18 octobre 2012
L'odontologie gériatrique27/01/2012 au 16/06/2012
Cycle long en Parodontologie13/09/2012 au 14/09/2012
Accédez à l'implantologie par la pratiqueQuatre questions pour décider d'un recouvrement radiculaire
Bernard SCHWEITZ
L’apparition des récessions gingivales est due à une conjonction de facteurs anatomiques prédisposants (qui sont principalement un morphotype parodontal fin, l’existence de déhiscences osseuses ou la présence de malpositions dentaires projetant les racines en dehors des bases osseuses) et de facteurs de risque, comme le brossage traumatique et la présence d’une inflammation gingivale, lesquels fragilisent les tissus marginaux.
Avant d’envisager une éventuelle correction de ces défauts gingivaux, ces facteurs de risque doivent être maîtrisés. Les facteurs locaux de rétention de plaque sont supprimés et la méthode de brossage est modifiée. L’utilisation d’une brosse à dents électrique est fréquemment recommandée. L’attitude clinique à adopter face aux récessions gingivales repose ensuite sur quatre questions qui vont guider le clinicien dans sa démarche :
1. Existe-t-il une demande esthétique ?
Dans l’affirmative, une évaluation de la prévisibilité du recouvrement doit être faite afin d’anticiper certaines difficultés opératoires limitantes. Parmi les facteurs à prendre en compte, on distingue le type de récession (classification de Miller), l’épaisseur initiale des tissus gingivaux, la proéminence des racines à recouvrir et la présence d’un éventuel tabagisme. Sur le plan technique, la nécessité d’un apport de tissu conjonctif doit être évaluée. La littérature scientifique est peu consensuelle à cet égard, mais il nous semble logique de chercher à apporter du tissu conjonctif afin d’épaissir les structures existantes, ce qui pourrait être un gage de pérennité de nos résultats.
L’intervention chirurgicale la plus couramment utilisée est le lambeau déplacé en direction coronaire associé à un greffon conjonctif enfoui. Parmi les diverses techniques opératoires, le greffon conjonctif tunnelisé, décrit pour les récessions multiples par Azzi & Étienne (1998), optimise la vascularisation du greffon et permet un recouvrement radiculaire, un épaississement tissulaire et une intégration esthétique du tissu greffé. Dans la négative, il convient de se poser la question suivante :
2. Existe-t-il une situation inflammatoire persistante ?
La persistance d’inflammation gingivale, malgré la suppression des facteurs de rétention de plaque (muqueuse marginale difficile à brosser, présence d’un frein, etc.), confère à la (les) récession(s) gingivale(s) un risque d’aggravation. Cette situation, qui s’avère plus fréquente à l’arcade mandibulaire, représente les quelques indications restantes aux greffes épithélio-conjonctives. Toutefois, un épaississement tissulaire par conjonctif enfoui peut également être envisagé. En l’absence d’inflammation persistante, une troisième question se pose :
3. Existe-t-il des sensibilités radiculaires ?
Dans l’affirmative, on peut penser que le recouvrement radiculaire offre la solution au problème de l’exposition dentinaire responsable de la sensibilité. Mais l’objectif clinique est alors le recouvrement à 100 % de la dénudation radiculaire, faute de quoi la sensibilité persistera en impliquant frustration du clinicien et mécontentement du patient.
L’évaluation de la prévisibilité du recouvrement est donc primordiale avant toute intervention chirurgicale, et le recours à des produits de désensibilisation (type MS Coat®, Morita) est souvent une première approche pouvant satisfaire simplement la requête de nos patients.
4. Existe-t-il un risque de progression en l’absence de traitement ?
La réponse à cette question n’est pas binaire mais fait entrer en jeu une évaluation du risque de progression selon des critères cliniques subjectifs comme l’évaluation de la finesse du parodonte ou encore la présomption de déhiscences osseuses profondes apicalement à la récession visible cliniquement.
Il est important de préciser qu’une faible hauteur de gencive attachée n’est plus considérée comme une situation à risque de progression.
Si le risque de progression semble faible, aucune intervention ne sera envisagée. Idéalement, un suivi par mesure des récessions gingivales sera mis en place au cours du suivi global, certains sites pouvant être traités ultérieurement en cas d’éventuelle évolution défavorable.