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Croix-Rouge Haiti 2010
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Ticket de caisse

Philippe Safar (Président d'honneur)

01/06/2008

Ni vu ni connu. Il vient d'enjamber sous nos yeux le tourniquet donnant accès au quai de la station de métro. Il s'installe dans la dernière voiture du train. Faut-il le lui faire remarquer ? Ou bien devons-nous le dénoncer ? Mais de quel droit ? Et cela nous gêne-t-il vraiment ?

Doit-on arguer que cet incivisme peut se révéler coûteux et qu'il nous heurte, nous qui participons à la maîtrise des coûts de la santé de la collectivité ?

Il y a peu, cette situation du passager gratuit était celle du praticien qui, une fois muni de son diplôme, s'estimait sans devoirs, libre d'exercer comme bon lui semblait. Le grand mérite du décret qui oblige à suivre une formation continue s'inscrit à la fois dans la reconnaissance et dans la prise de conscience du devoir de participer au coût de l'organisation sociale.

Certains praticiens n'ont pas attendu ce décret pour entreprendre cette démarche qui tombe sous le sens parce qu'elle est morale et parce qu'elle les conforte vis-à-vis des patients.

C'est le cas des membres de nombre de sociétés scientifiques, et ceux de la SOP notamment.

Ils payent sur leurs fonds propres le prix de leur engagement, sans subventions.

La formation continue conventionnelle, qui semble se mettre en place avec un réel succès – et animée par des syndicats qui paraissent feindre de ne pas entrevoir le double tranchant de l'affaire –, encourage beaucoup de praticiens à rentrer dans le rang pour obtenir un quitus accompagné d'un chèque récompensant leur participation.

Cette méthode ne motive pas plus que par le passé, n'encourage pas, non plus, les praticiens à intégrer le fait que leur formation doit évoluer au cours de leur vie professionnelle pour ne pas renchérir les coûts des traitements prodigués. Elle occulte la prise en compte de la responsabilité de chacun vis-à-vis de la collectivité, notamment dans la qualité des prestations.

Apparaît alors un nouveau type de passager gratuit : à l'arrière du train, dans la dernière voiture, à l'abri des regards, sans menace crédible pour l'instant, il est payé pour voyager !

Il convient de faire en sorte que la probabilité d'apparition de ce praticien d'un nouveau genre soit la plus faible possible. Cela suppose de l'informer, de le convaincre que chacun de ses actes thérapeutiques s'accompagne d'un retentissement économique sur la collectivité, de le rendre moins passif et de vérifier qu'il est bien incité à utiliser les nouvelles données enseignées. Vérifier : le mot est lâché. Faut-il alors attendre l'arrivée des contrôleurs et renoncer au sacro-saint principe d'une formation volontaire prôné par la profession ?

Non. Le passager gratuit pose problème car il entend, plus que par le passé, profiter du système. Il compte sur le silence de ses voisins quant à son comportement déviant, même si le voyage s'avère quelquefois pénible. Mais il retire, en échange, une certaine jouissance à braver l'autorité de tutelle et la légalité.

En dehors de la manne financière qu'elle représente dans l'immédiat – ce qui justifie les passions –, nous restons persuadés que la formation continue doit incarner un état d'esprit.

Et comme dans les transports en commun, pour profiter d'un service, il faut payer son ticket.

Société
Odontologique
de Paris

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