Jeudi 18 octobre 2012
L'odontologie gériatrique27/01/2012 au 16/06/2012
Cycle long en Parodontologie13/09/2012 au 14/09/2012
Accédez à l'implantologie par la pratiqueIl est bien un sujet qui fait l´unanimité dans nos rangs, c´est l´avenir de notre profession.
Les responsables ordinaux, les éditorialistes des revues professionnelles s´émeuvent à juste titre de la dégradation des cabinets.
On parle beaucoup de colloque singulier, de consentement éclairé, de communication, de la relation patient-praticien, de l´image de marque du chirurgien dentiste, de la qualité des soins, etc ...
Chacun y va de son petit couplet, de ses suggestions ou de ses conseils.
Je n´y manquerai pas d´ailleurs à l´aube de ce nouveau millénaire, et d´une façon peut-être moins formelle, en évoquant une règle enseignée aux futurs architectes, règle aisément transposable à notre profession : c´est la règle des huit " con " : contacter, connaître, conquérir, concevoir, convaincre, conclure, construire, conforter.
Contacter
N´ayant pas le droit d´utiliser les moyens traditionnels de la publicité, la seule méthode valable de se faire connaître, c´est la réputation. C´est une technique solide mais qui requiert plus ou moins de temps selon le lieu d´exercice.
Que cela ne vous empêche pas de recevoir ou de dîner en ville, ni de faire partie de clubs privés, ni de fréquenter les plateaux de télévision ou de stades. Mais de grâce, ne distribuez pas vos cartes de visite à la sortie des églises ou dans les boîtes aux lettres. Enfin, soyez très circonspects quant aux articles " d´information " publiés sous votre nom dans certains journaux spécialisés, afin d´éviter les remontrances du Conseil de l´Ordre.
Connaître
Cette notion est de loin la plus importante. La découverte de votre patient va conditionner vos futurs rapports, et vous permettre de vous adapter à sa personnalité.
Nul n´a besoin d´être un fin psychologue pour mener cette enquête : laissez parler le patient, laissez lui conter son aventure dentaire et vous apprendrez pourquoi il a quitté son ou ses précédents praticiens, quels sont ses désirs ou ses sujets de mécontentement. Vous pourrez alors lui proposer, comme me l´a appris mon premier maître " ce qu´il est venu chercher chez vous ".
Conquérir
Vous commencez maintenant à connaître votre patient. Votre comportement attentif plaide en votre faveur, c´est donc le moment de vous découvrir à votre tour, de lui donner confiance, je dirai même de le séduire.
Conservez une attitude ferme mais non autoritaire et surtout ne paraissez pas impatient de conclure. Sachez également rester élégant avec les précédents confrères, et souvenez-vous de l´aveu de Monsieur MARMASSE qui disait : les bridges, les miens et ceux des autres, m´ont donné de grandes satisfactions et quelques déboires.
Modulez donc vos appréciations en évitant le trop classique : quel est le salaud qui vous a fait ça !
Et parodiant Edmond Rostand, on pourrait dire : oh Dieu, bien des choses en somme.
Concevoir
Nous entrons maintenant dans le vif du sujet. C´est à nous de prendre une décision en fonction de notre compétence, de notre expérience, du souvenir de nos erreurs passées. Souvenons-nous que la majorité des échecs n´est pas due à des erreurs de réalisation, mais à des conceptions erronées. De plus, d´autres paramètres vont entrer en jeu : pour mémoire, les aspirations du patient, sa disponibilité, ses moyens financiers, la qualité du laboratoire, notre expérience en la matière et nos limites personnelles (âge, santé, motivation).
Ce dernier concept dont nous sommes le seul juge est souvent difficile à définir et encore davantage à s´avouer.
Louise de Vilmorin ne disait-elle pas : " Puisque je suis condamnée à vivre avec moi-même jusqu´à la fin de mes jours, j´aimerais bien savoir à qui j´ai affaire ".
Ne prenons donc pas de risques inutiles, restons simples, songeons au pronostic de l´âge, et souvenons-nous que notre prothèse amovible bien conçue est aussi bien tolérée et admise qu´un bridge de grande étendue.
Enfin dans les cas risqués, complexes ou tout simplement hors de notre compétence (implants, facettes), il est préférable de s´adresser à un spécialiste : mieux vaut perdre deux patients que d´en mécontenter un seul.
Convaincre
Le patient a déjà suivi l´évolution et le cheminement de votre étude. De nombreux arguments ont été avancés. Même si vous savez parfaitement ce que vous devez faire, il est temps de faire passer le message et d´imposer votre point de vue.
Il est rare qu´un patient s´en remette totalement à vous.
Dans la grande majorité des cas, une explication technique est nécessaire afin d´obtenir ce fameux consentement éclairé. La prothèse est une histoire de logique et à l´aide de modèles d´étude, de modèles de simulation, de schémas ou de radios, il est simple de faire entendre raison.
Ces explications sont parfois ingrates ou éprouvantes, particulièrement avec des patients dont une certaine formation technique leur donne à croire qu´ils sont autorisés à des suggestions ou à discuter vos théories. Mais une fois les choses bien définies, il ne faut en aucun cas remettre ces décisions en question.
Conclure
C´est la partie administrative dont il ne faut pas négliger l´impact.
Un devis détaillé et signé des deux parties doit être établi pour éviter toute contestation ultérieure. Rédigez la demande d´entente préalable pour la sécurité sociale et éventuellement un échéancier pour règlements fractionnés. Informez le plus exactement possible votre patient de la durée des travaux (voyez large), du nombre de rendez-vous hebdomadaires et des plages de liberté dont il bénéficiera pendant le traitement. Enfin, prévenez l´intéressé des petits inconvénients ou des légers inconforts passagers induits par vos interventions.
Avant de poursuivre, permettez-moi de prendre un instant pour vous faire remarquer que nous venons de passer un grand moment avec notre patient, peut-être deux ou trois rendez-vous pour un cas complexe et que nous n´avons pas encore effleuré la turbine. Toute cette prise de contact, cette approche, ce travail de réflexion, de déduction, qui précède chacun de nos actes, n´a aucune équivalence en cotation de la sécurité sociale. Avis donc à ceux qui laissent entendre qu´un praticien " achète " une couronne x francs pour la revendre x fois plus cher au patient.
Construire
Cela va de soi pensez-vous ! Oui la plupart du temps.
Mais souvent c´est à ce stade que peuvent se dégrader les rapports praticien-patient. En effet " les préparatifs " : extraction, provisoire, traitement de canaux, reconstitution prennent beaucoup de temps sans que l´on puisse constater de résultat positif. Il suffit alors de quelques rendez-vous manqués, d´un léger incident de parcours ou d´un cas plus ardu qu´on ne le pensait (limites personnelles), pour que la confiance s´effrite et que le patient se lasse. Commence alors le cycle de destruction avec son cortège de récriminations. Attention donc à ce passage souvent périlleux, et traitez le patient en priorité absolue.
Conforter
Cela pourrait s´intituler service après vente. Ce n´est peut-être pas très élégant mais c´est pourtant assez vrai. Nous venons de passer de nombreuses heures avec notre patient, une connivence s´est établie, et le fait de le revoir, ne serait-ce que pour vérifier ou pour contrôler le travail, va le rassurer et le conforter même si nos relations vont s´espacer.
En attendant le troisième millénaire, je voudrais tirer un grand coup de chapeau à certains confrères qui sont arrivés à concilier cotations, honoraires et soins conformes aux données acquises de la science. Il en existe m´a-t-on dit, mais je n´en ai pas rencontré personnellement.