Jeudi 18 octobre 2012
L'odontologie gériatrique27/01/2012 au 16/06/2012
Cycle long en Parodontologie13/09/2012 au 14/09/2012
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Après un gros travail de restauration (soins conservateurs, traitements endodontiques, préparation parodontale et préprothétique, prothèse…):
Le patient : Merci docteur, je suis vraiment très content. Tout ce que vous m’avez fait est très beau, très confortable et très fonctionnel ! Tout de même, docteur, vous n’avez pas fait aussi bien que ma maman.
Le praticien : Je ne suis que chirurgien-dentiste, pas magicien, ni surhomme, ni Dieu. Cela me rappelle un voyage au Maroc. J’achetais un tapis sur un marché. Il était fabriqué à la main et le marchand me vantait la beauté du travail. Puis, il me fit remarquer qu’il y avait à un endroit un petit défaut. Lorsque je lui en demandais la cause, il me répondit : « Dieu seul fait des choses parfaites… »
Le patient : C’est vrai ! Mais alors maintenant que ce travail est terminé, je vais être tranquille docteur ?
Le praticien : Très franchement, je ne suis pas certain que l’on soit jamais tranquille avec les dents. Certes, on va surveiller tout cela, faire des contrôles. C’est ce qu’on appelle la maintenance.
De là à dire que vous serez toujours à l’abri des ennuis, ça, je ne peux pas vous le garantir.
Le patient : Vous voulez dire que ce n’est pas définitif ?
Le praticien : Définitif, permanent, toujours… Dans mon cabinet, ce sont des mots
que j’ai rayés de mon vocabulaire.
Pour être honnête, disons que votre prothèse
et les soins sont, disons, euh… d’usage.
Le patient : Vous voulez dire que nous pourrions refaire tout ou partie de ce qui a été fait.
Vous n’êtes donc pas certain de votre travail ? Vous êtes pourtant très compétent !
Le praticien : Je ne suis certain de rien effet. J’ai mis tous mes efforts, ma conscience professionnelle dans ce travail, et tout mon savoir. Mais je ne peux pas vous dire que cela ne sera jamais à refaire. Connaissez-vous quelque chose d’éternel ?
Le patient : Dans le monde des vivants et dans celui qui nous entoure, non, en effet.
Le praticien : Alors, pourquoi voulez-vous que ces travaux de chirurgie dentaire le soient ? Vous avez fait allusion, en plaisantant, à ce qu’avait « fabriqué » votre maman. Eh bien ! son « œuvre » n’a pas été éternelle puisque vous avez été obligé de la refaire presque entièrement, il y a déjà quelques années. Le travail de mon confrère, pourtant parfaitement réalisé, était encore à refaire aujourd’hui.
Vous n’achetez pas une voiture ou un réfrigérateur à vie.
Vos travaux de maison sont à revoir et à refaire assez régulièrement.
Le patient : C’est vrai, j’ai changé récemment mon ordinateur. Ces appareils sont dépassés à peine achetés ; et je viens de refaire les peintures chez moi, cela n’avait pas été fait depuis dix ans.
Le praticien : Ce que nous faisons aujourd’hui est mieux que ce qui était fait il y a dix ans, et dans dix ans nous ferons encore mieux. Nos techniques évoluent, les matériaux changent, et le plus important pour moi est de faire en sorte de ne pas gêner le travail qui sera (peut-être) refait un jour. Quelle que soit la qualité de notre travail, il faut refaire, reconstruire, améliorer, entretenir, consolider sans cesse.
Le patient : Je n’avais pas pensé à tout cela !
Le praticien : Vous savez, l’exercice de la chirurgie dentaire au quotidien est une grande leçon de modestie.
Le patient : Bon, alors docteur, il va falloir se revoir.
Le praticien : Régulièrement en effet. S’il y a bien un secret de la réussite, c’est celui-là.
par Philippe Milcent