MACSF 2012 #1
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Notre groupe d'étude revient du Midwinter Meeting de Chicago enthousiaste mais inquiet

Dr FITOUSSI Meyer - Président de la SOP

01/03/1998

Comme chaque année depuis environ dix ans, des membres du Conseil d'Administration de la SOP s'imposent de partir aux Etats-Unis pour s'informer de l'état du monde de l'Ondotologie.


Comme chaque année, un petit groupe a pour mission de représenter la SOP à Chicago, au Midwinter Meeting. Chicago se trouve être le siège de l'American Dental Association, et le Midwinter représente en territoire américain l'une des plus importantes manifestations du monde scientifique en Odontologie, et l'exposition de matériel et de fournitures dentaires la plus large et la plus cosmopolite. Ce congrès rassemble de vingt-cinq à trente mille personnes : praticiens, personnels de cabinet et de laboratoires, fournisseurs, du monde entier (Canada, Amérique du Sud, Japon et Europe principalement) venus pour se ressourcer et faire le point, vendre ou échanger.


Cette année, notre groupe d'étude revient du Midwinter Meeting de Chicago enthousiaste mais inquiet. Les éléments d'inquiétude se rapportent à une prise de conscience aiguë de l'inadéquation entre les connaissances scientifiques acquises au fil des années et leur difficulté d'application dans le cadre strict de la nomenclature des actes professionnels. Ce que nous pressentions après avoir suivi un certain nombre de congrès apparaît aujourd'hui confirmé. Nous avons la conviction que notre métier va s'exercer désormais de manière différente en France et dans les pays développés.


Si notre vocation en tant que Société Odontologique de Paris, est d'informer et de former les praticiens, notre devoir ne nous exonère pas d'alerter l'opinion professionnelle sur la dévalorisation de notre fonction de thérapeute. La profession est à un tournant décisif. Notre participation à différents congrès, tant européens qu'américains, nous a permis de mesurer les efforts de la recherche pour mutiler le moins possible la dent, d'apprécier toute la complexité du système endocanalaire et de créditer l'expression "respect de l'organe dentaire" d'une acception encore plus scientifique et biologique que celle qu'elle avait jusque là. A la lumière de ces nouvelles données, quelle que soit la discipline, le chirurgien-dentiste se situe comme l'auteur d'une stratégie thérapeutique médicale complexe. Ce qui implique la mobilisation d'un nouveau savoir et la mise en oeuvre de techniques beaucoup plus raffinées et délicates que par le passé. – Déjà les experts judiciaires près les Tribunaux en sont, eux, convaincus. Ils ne manquent pas de s'en prévaloir pour étayer leurs rapports et relever les manquements. – Il ne suffit plus, au regard des acquis, d'apprécier l'achèvement d'un traitement. Par exemple, il apparaissait autrefois essentiel et suffisant d'obturer un canal radiculaire. Aujourd'hui, il faut y parvenir, suivant un protocole précis, en ménageant la construction biologique que représente la dent naturelle pour ne pas lui nuire ou l'agresser, en respectant son diamètre endocanalaire, la localisation du foramen apical, ... Si elles ne sont pas bien conduites, ces techniques subtiles, exigeantes, risquent de provoquer des dommages irréversibles ou la perte de l'organe dentaire ; et cela aussi a un coût pour la Santé Publique. Il ne faut pas se bercer d'illusions et croire que tout est possible pour tous, même si les budgets sont limités. Cette attitude est une pure hypocrisie.


Si la Sécurité Sociale, en France, entend se présenter comme l'instance de la solidarité universelle face à laquelle toute dérogation particulière est illégitime, si l'égalité de traitement est le seul horizon légitime, si enfin, pour tout acte thérapeutique il est impossible de se rédimer de cette servitude que représente la nomenclature, on peut prédire des déviations ou des problèmes, car rien ne résiste à un sentiment de frustration.


Frustration pour le patient qui n'aurait pas la possibilité de bénéficier des derniers acquis de la science, alors qu'il a le droit d'y prétendre,


Frustration pour le praticien qui démérite parce que mis dans l'impossibilité d'apporter des soins conformes aux données acquises, alors qu'il en a le devoir, et qu'il dispose du savoir. La tentation sera grande de rester un ignorant, et de régresser plutôt que de progresser,


Frustration pour la Santé Publique qui va maîtriser un coût à court terme, sans se préoccuper du coût réel au regard de la durée.


Il apparaît dans le schéma que nous venons de décrire, que Formation Continue et Formation Initiale vont s'obliger à vivre dans la contradiction : enseigner ce qui est inapplicable.


Jusqu'à quand la profession soutiendra t-elle cette inadéquation ?


L'avenir dépendra de la prise de conscience de chacun d'entre nous en tant que citoyen (à la fois praticien et patient) et des réflexions que les responsables de la profession et de la Sécurité Sociale se doivent de mener.


La SOP, qui a toujours milité pour le perfectionnement et la formation continue, mesure les risques d'une telle inadéquation et ne saurait se taire.


Cette prise de position exprime solennellement le point de vue du Conseil d'Administration de la SOP.

Société
Odontologique
de Paris

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