MACSF 2012 #2
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Les honoraires
de la peur

Philippe Safar (Président d'honneur)

01/02/2007

Qu´il soit médecin ou chirurgien-dentiste, plus d´un praticien hésite à soumettre à son patient un document officiel qui se rapporte au «consentement éclairé» et à lui demander d´y apposer sa signature en bas de page. Contre l´obligation qui leur est faite de réclamer cette signature avant tout acte invasif, certains vont même jusqu´à s´insurger et rejettent cette contrainte. D´autres au contraire ne s´embarrassent pas de tant de scrupules et appliquent la règle.

Que faut-il en penser?

À n´en pas douter il y a une évolution de la société. Celle-ci s´emploie à gommer les conflits en promulguant de nombreuses lois - alors même qu´il suffirait bien souvent d´appliquer celles en vigueur. Elle encadre le pouvoir que représente la science médicale par des normes et des règles qui compliquent les relations praticiens-patients et aboutissent à déresponsabiliser les acteurs de la santé. Les praticiens sont contraints, malgré eux, à se plier aux groupes de pression en quête de sécurité, et ce d´autant plus que les administrés en redemandent pour protéger leur santé. Tant et si bien que notre démocratie ne se contente plus de savoir si le malade a bien été averti. Elle ne se satisfait plus du principe de prévention. Elle en arrive allégrement à appliquer le principe de précaution. Et elle ne s´offusque pas alors du renversement des perspectives qui s´offrent à nous, en soulageant notre conscience et en amputant notre capital confiance. Il est loin alors l´objectif princeps qui est d´éviter que la tentation de l´argent ou du pouvoir ne rendent confus ou ambigu le jugement du praticien. Comme si les praticiens n´étaient pas capables d´évaluer le sens et la portée de leurs actes. Cette dérive du consentement éclairé au nom du devoir d´information des patients - qui oblige, comme dans les contrats d´assurance automobile, à faire accepter toutes les clauses restrictives en bas de page et en caractères minuscules d´imprimerie, ce que personne ne prend la peine de lire ou de se faire expliquer - nous fait craindre une dévalorisation de plus en plus nette de tout acte médical ou chirurgical ramené à un acte de grande trivialité.

Le consentement, vu sous l´angle que nous dépeignons, ne nous paraît plus alors que l´expression de la peur du juge ou de la peur du risque. Et si la société insiste dans cette voie, ces peurs deviendront vite paralysantes et sclérosantes, car elles n´auront pas de limites.

Société
Odontologique
de Paris

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