MACSF 2012 #2
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Les éléphants et les chirurgiens dentistes

Philippe Safar (Président d'honneur)

01/02/2004

« Les trois grandes époques de l´humanité sont l´âge de pierre,
l´âge de bronze et l´âge de la retraite »<br>
Jean-Charles (in la Foire aux cancres)

Certains se souviendront avec émotion de l´un des tout premiers voyages-congrès qu´organisa la SOP en Asie, plus exactement à Bankok, en Thaïlande. C´est dans ce pays, en province Karen, que nous avions découvert cette école des éléphants, véritables fonctionnaires de l´Etat, qui travaillaient trois jours, disposaient de trois jours de repos, de trois mois de vacances et d´une retraite à 60 ans.
De quoi faire rêver ou rendre jaloux ceux qui de plus en plus nombreux dans notre métier , ne font que clamer « vivement la retraite » ou « j´attends la retraite » ou encore « ce qui me permet de tenir au travail, c´est la retraite ».



Il est de fait que comme pour les éléphants, notre exercice est pénible, usant. La comparaison s´arrête là. Car pour nous aujourd´hui cet exercice devient frustrant à plus d´un titre.



Notre travail engendre de plus en plus de soucis, de tracasseries, de contraintes. Nos techniques opératoires se compliquent, s´inscrivent dans des protocoles scientifiques, très rigoureux qui sophistiquent nos interventions.
Il faut faire appel à de nouvelles expériences pour enrichir les débats sur le métier du fait de la complexité des problèmes et de l´intensification des difficultés à résoudre. Toutes choses qui sont ressenties comme des situations que les générations antérieures n´ont pas eu à connaître. Même notre situation et notre position dans l´échelle sociale se dégradent.



Nous comprenons dans ces conditions que certains de nos confrères confrontés à l´énorme décalage entre leur réalité professionnelle et les aspirations qu´ils ont pu nourrir pendant leurs études ne disposant plus des moyens pour réaliser « un bon boulot » en arrivent à appeler de leurs voeux une proche retraite ou trouvent dans la perspective de la retraite une compensation aux sujétions liées à leurs conditions de travail.



Nous croyons fermement que nous n´avons que très peu de choses à voir avec les éléphants. Il nous appartient de réagir en être pensant, et réfléchissant. Il nous appartient collectivement de refuser que le travail, notre travail, devienne une simple marchandise. En d´autres termes qu´il perde sa valeur, à nos yeux comme aux yeux de ceux auxquels nous prodiguons nos soins.


Miser sur la retraite, c´est en quelque sorte oublier par anticipation qu´on est en train de vivre, et nier que notre rapport au travail est fondé sur la qualité, à tout le moins sur l´efficience.


Exercer un métier, ce métier, doit pouvoir procurer des joies et de l´enthousiasme pour progresser, permettre d´envisager l´hypothèse de travailler au-delà de la durée normale, et l´on peut rêver... refuser de mourir.



Peut-être n´est-ce là que philosophie. Il faut oser repenser en groupe les conditions du travail. C´est sans aucun doute un chantier vital pour la société et pour la démocratie.


Société
Odontologique
de Paris

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