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En attendant chez le dentiste...

Jean-Pierre Gelineau

01/05/2004

Je ne suis pas anxieux, je viens « subir » un détartrage : comme pour mon chauffe-eau ! Je n´ai pas mal aux dents, mon esprit vagabonde. Je regarde les cadres accrochés aux murs. Que de certificats et de diplômes au milieu de quelques aquarelles et lithographies !



Un diplôme m´interpelle celui de Docteur en chirurgie dentaire. « Docteur », cela pose. J´aurais aimé pouvoir mettre « Docteur » sur ma carte de visite, puis, tout à coup, une date me frappe l´esprit : 1967. Je reste pantois : ce diplôme a bientôt 40 ans et si l´examen qu´il sanctionne a été élaboré comme celui qui permet d´être pilote ou mécanicien navigant, on peut se poser des questions. Le diplôme qui m´a été nécessaire pour voler a été obtenu après un examen, certes, complexe, mais dont nombre de questions, en 1970, portait sur des technologies des années 50 et sur des avions comme le DC3, le Breguet deux ponts ou le super Constellation : or, j´allais voler sur Caravelle.



Mon diplôme était assis sur un examen qui avait 15 ans de retard.



En tant que membre du jury des examens qui organise, rédige des questions, les corrige et délibère, je crois qu´il ne peut en être autrement dans aucun domaine qui évolue rapidement. L´évolution de la technologie fait que ces examens ont entre 5 et 15 ans de retard. Notez qu´à la suite de mon examen, il m´a fallu environ 5 mois de formation continue pour obtenir la qualification de « type » qui m´a permis d´exercer sur Caravelle. Convenez-vous, passagers que c´était la moindre des choses car il était nécessaire de combler l´écart entre mon examen et... l´actualité aéronautique.



Où veut-il en venir, me direz-vous ? Eh bien, d´une manière très provocatrice, je pourrais vous regarder en disant : « mais qui sont donc ces gens qui pontifient, assis sur un diplôme qui devait bien avoir 5 à 10 ans de retard sur son époque lorsqu´il l´ont passé ? (Vous pensez bien que je n´ai toujours pas mal aux dents ! car mon discours serait sûrement très différent ... ou ne serait même pas !)

Je crois vous connaître suffisamment, pour dire qu´en général, votre profession ne pontifie pas et ce n´est plus vraiment d´époque. Mais y a t´il obligation légale chez vous, Docteurs, de mettre à jour vos connaissances concernant les évolutions des matériels, des techniques, ou des produits ? Je crains que non. Je pense néanmoins qu´il y a peu de chances que ces questions se posent vraiment aux Docteurs qui vont lire ses lignes, car j´en ai vu beaucoup s´informer dans des séminaires organisés par votre association scientifique.



Il n´empêche, - à une époque où « tout fout l´ camp... », et où beaucoup de valeurs élémentaires ne sont plus apprises dans la famille, ni rappelées à l´école, il y a de moins en moins de respect pour les personnages-clefs de la société : le maire, le curé, le docteur, le facteur et l´instituteur ! Pire on s´assoit dessus et s´il fait une petite erreur on le montre du doigt et on cherche éventuellement à lui faire le plus gros procès possible, etc., etc. ... - croyez-moi, mes amis et néanmoins Docteurs, il en va de votre crédibilité, du maintien de vos prérogatives et du bien-être de vos patients dont je suis. N´oublions pas que les frontières intérieures de l´Europe n´existent plus pour les « travailleurs ». Il y a eu d´ailleurs une manifestation des « dentistes étrangers » qui ont fait un « sitting » à Paris pour obtenir les mêmes possibilités que les dentistes français. Votre seule protection qui va d´ailleurs dans le sens du client... pardon, du patient, consiste en la création d´une spécificité française (encore une !) avant que Bruxelles ne s´occupe de vous : les dentistes européens !
Cela pourrait consister comme pour nous, aviateur, en une mise à niveau périodique des connaissances, des techniques, du matériel et donc, du Doctorat. Peut-être pas 3 fois par an comme cela est imposé au Personnel Navigant Technique, mais une période de l´ordre de 5 ans paraîtrait très raisonnable au « client patient »*, que je suis. Cette spécificité permettra, de plus, de mettre en oeuvre le « droit du grand-père » lorsque les Autorités européennes, avec l´expertise de vos syndicats, réglementeront votre profession**.


Cette mise à niveau pourrait s´appuyer sur le « retour d´expérience ». Peut-être aurais-je l´opportunité de vous en reparler car si je suis candide dans votre domaine, je suis d´expérience dans le domaine aéronautique et je foisonne d´idées à partager !

« Monsieur Candide, c´est à vous !» me dit le dentiste me tirant de mes pensées !





* Lorsque l´on vient au cabinet en « client » on est pratiquement toujours reçu en « patient », mais si l´on vient en « patient » nous avons trop mal et nous sommes trop anxieux pour réagir en « client » ... parfois c´est dommage.


** Ceci est un autre sport dont il serait intéressant que vous en connaissiez quelques règles.


Société
Odontologique
de Paris

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