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De l'acte intellectuel...

Marc Roché

03/04/2004

A l´occasion de la remise des « Césars » puis des « Victoires de la musique », Les Inrockuptibles ont lancé un « appel contre la guerre à l´intelligence ».


Pour ses auteurs, l´intelligence menacée par la politique actuelle est représentée aussi bien par les intermittents du spectacle, les enseignants, les chercheurs que les professions médicales.

En désignant l´intelligence pour cible , cet appel a bien sûr fait naître une vive polémique, en particulier sur l´exclusivité de l´attribution de cette qualité à ces professions.


Provocation, bien sûr, car qui peut sérieusement se prévaloir aujourd´hui,- sauf à vouloir donner plus d´écho à un acte politique,- du privilège de l´intelligence quand, dans un passé encore récent, une joute oratoire entre hommes politiques s´est achevée sur le fameux « vous n´avez pas le monopole du coeur » ?

Quelles que soient les arrière-pensées qui régissent une telle initiative, force est de constater que cet appel a au moins le mérite de souligner que l´acte intellectuel a subi une forte dévaluation à la bourse des valeurs de notre époque et que cela touche nombre de professions.


Mais, puisque les professions médicales sont évoquées dans cet appel, qu´en est-il pour ce qui les concerne et plus spécifiquement pour ce qui est de la consultation, acte intellectuel de référence ?


Une information, parue dans la presse, fin février 2004, décrit bien la crise actuelle.

Des médecins spécialistes exerçant en secteur un et regroupés dans l´association Cnamlib, cinq mille selon Cnamlib, quatre cents selon les Caisses, ont décidé, contre tout avis et en dehors des syndicats professionnels, de majorer les honoraires de leur consultation dont le tarif est fixé par la convention à vingt-trois euros !

Ils ont fait ce choix en praticiens responsables et conscients du risque de déconventionnement auquel ils s´exposent.

Vingt-trois euros pour un médecin spécialiste qui exerce en secteur un, vingt euros pour une consultation chez un chirurgien-dentiste !

Voilà des tarifs qui non seulement ne prennent pas en compte les réalités économiques mais qui de surcroît nient la valeur de l´acte intellectuel.

On peut se demander ce qu´est devenu le témoignage de considération que sous-entendait le vocable d´honoraires ?

Nos aînés avaient cru nous prévenir :

«Contentez vous d´être honorés, n´attendez pas de reconnaissance de la part de vos patients ».


Partant de là, nous considérons que si les professions médicales en sont revenues au point de départ : attendre la reconnaissance des patients à défaut d´être honorés, cela confirme que notre système de santé est bien malade !

La SOP pour se faire l´avocat de la profession livre à votre réflexion ce vers écrit il y a trois siècles :

« Mais sans argent, l´honneur n´est qu´une maladie »*.

Racine n´avait il pas déjà tout dit ?


* « Les plaideurs », Acte I, scène 1

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