CROWN CERAM  I  Laboratoires prothèses dentaires
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Boule de cristal ou marc de café

Philippe Safar (Président d'honneur)

05/10/2004

L´occasion nous a été donnée d´assister au séminaire de réflexion qu´organise tous les trois ans l´Association Dentaire Française (ADF) et qui réunit depuis un certain nombre d´années les repré­sentants des organismes membres, tous responsables de la Profession.


Cette année, le séminaire proposait un thème ambitieux qui se voulait prospectif et dont l´objectif était d´esquisser les évolutions prévisibles de la Profession à dix ans. Deux jours n´ont pas suffi à épuiser le sujet, avec des intervenants de qualité, en séance plénière et en petits groupes. Deux inter­ventions clefs en particulier nous ont permis d´entrevoir, sinon de voir clairement se dessiner la situation. Et nous ne résistons pas au devoir de vous faire partager cet éclairage sur la Profession, vue non pas de l´intérieur, ce serait trop flatteur et partial, mais de l´extérieur par des professionnels dont l´analyse se trouve être le métier.


À travers l´approche juridique de l´évolution de la société, et de notre profession dans cette socié­té, nous avons pris la mesure de l´erreur qui consisterait à laisser croire ou à entretenir l´idée pas­séiste que nous sommes une profession libérale. Le professeur Jacotot dans une analyse pertinente et fine du phénomène social qui se déroule à bas bruit, a souhaité à mots couverts, pour ne pas nous brutaliser, nous déciller les yeux. Il a apporté la preuve tangible que nous vivions dans une fiction sociologique d´un autre temps, et qu´il n´était que raisonnable d´accepter l´évolution qui se fait jour, qui prend en compte sur un plan juridique le cabinet dentaire désormais comme un banal fonds, susceptible de devenir une SEL, c´est-à-dire une société à forme sociale mais à objet civil. Cette évo­lution entérine de plus la perte d´indépendance des professionnels, requis dans une logique de ser­vice public, puisqu´il est inscrit dans la Constitution un droit d´accès aux soins pour tous.


La seconde intervention, apparemment encore plus anodine que la précédente, probablement moins percutante à l´écoute, parce que tardive, nous a permis de découvrir un monde plus subtil, lié à tout ce qui a trait au règlement. L´intervenant était Monsieur Péguy, Ingénieur-Conseil à l´AFNOR. Son propos visait l´évolution de la normalisation dans le cadre européen qui va demain largement supplanter le cadre français, et s´imposer à nous avec des spécificités techniques aux­quelles nous ne pourrons pas nous dérober. Elles visent à s´imposer comme des référentiels suscep­tibles de devenir contractuels, en appui d´une politique de santé et d´une politique de suivi de la qualité. En d´autres termes , si demain un praticien exécute un soin courant , il sera responsable non seulement de la mobilisation de ses connaissances pour réaliser son acte pour lequel sa rémunéra­tion est comptée ( par exemple,effectuer le traitement d´une carie et la mise en place d´ un amalga­me conformément à ce qui est considéré comme une bonne pratique ) , mais surtout des conditions et du contexte environnemental dans lesquels un tel acte aura pu être réalisé ( c´est à dire, sous digue,pour ne pas que le patient inhale des vapeurs de mercure, avec un aspirateur chirurgical spé­cifique , adapté, disposant d´un récupérateur d´amalgame , avec l´aide d´une assistante au fauteuil qui soit protégée des risques potentiels encourus, qui décontamine dans des conditions normalisées ...).


Satisfaire à ces dernières obligations alourdit notablement le cadre strict de notre fonction de soi­gnant, d´acteur de santé. Les réglementations afférentes à notre travail vont se multiplier au fil du temps et s´imposer sans qu´il nous soit possible de nous y soustraire. Elles doivent nous contraindre à envisager l´exercice professionnel comme le fait un chef d´entreprise et nos connaissances pèse­ront très peu dans le coût d´un acte en comparaison des ressources qu´il conviendra de mettre en oeuvre pour le réaliser. Aussi s´attacher à faire valoir nos compétences, à mettre en avant le mono­pole de la délivrance des soins dentaires, à faire la preuve que nos connaissances sont conformes aux nécessités d´une bonne pratique, à réclamer une valorisation de nos actes nous apparaîtra déri­soire par rapport au cahier des charges auquel nous serons soumis. Nous serons, nous sommes déjà des chefs d´entreprises qui nous ignorons, mais comme il a été dit " des chefs d´entreprises à res­ponsabilité sociétale " . Si les deux interventions rapportées plus haut vous interpellent, et si surtout, vous jugez qu´elles se renforcent dans une perception aigue d´une réalité proche dont vous aurez été prévenus, à n´en pas douter, quel que soit votre statut, simple praticien ou praticien en charge d´une responsabilité au sein de la Profession, il va falloir réfléchir très vite et être en mesure de s´adapter aux conditions d´un futur inéluctable.

Société
Odontologique
de Paris

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